Une page par jour…ou presque / 64

A propos du peuplement de ce pays-continent, je poursuivrai ces lignes australiennes par mes impressions aborigènes. A la fin du 18è siècle, environ 250 tribus peuplaient ce qui est devenu l’Australie. Chacune d’entre elles ayant sa propre langue, ses lois et ses frontières tribales avec une population totale estimée à 350 000 personnes sur l’ensemble de continent. Ils représentent la plus ancienne culture existant sur Terre et l’art indigène australien est l’une des plus vieilles traditions du monde. En mettant le pied sur cette terre, l’explorateur anglais James Cook eut le bon goût de la déclarer terra nullius, c’est-à-dire possédée par personne. Ceci ouvrit la voie à une prise de possession par les Anglais et au début de la fin pour les Aborigènes, ses premiers habitants. Je vous passe les traditionnels et sordides détails de cette histoire également vécue en Amérique du Sud ou du Nord. Mais le cortège de meurtres, massacres, épidémies, alcoolisme, éclatement des familles, déportations, humiliations diverses et autres joyeusetés en sont le ressort. A la différence de ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande avec les Maoris, la culture aborigène a été réduite quasiment à néant même si des efforts sont faits aujourd’hui pour la réhabiliter. Les Aborigènes que nous avons pu rencontrer dans diverses parties du territoire (eh oui, nous avons bougé !) n’avaient guère fière allure. Comme me l’a dit un jour un ami à Sydney, ils sont passés d’un âge de pierre où ils vivaient il y a encore quelques dizaines d’années comme des chasseurs-cueilleurs-pêcheurs à la télévision et ce, sans aucune période de transition. Aujourd’hui, ils représentent plus qu’à peine 1% de la population du pays. Ce que nous avons vu d’eux en matière notamment d’art rupestre dans le nord du pays (Kakadu National Park par exemple) est plus qu’émouvant.

Autre lieu célèbre et sacré pour eux : le très fameux Uluru ou Ayers Rock situé au centre du pays près d’Alice Springs. Une anecdote résume à elle seule toute l’ambiguïté de l’attitude des Australiens à leur endroit. Cet immense et fascinant rocher leur fut rétrocédé par les autorités australiennes il y a quelques années. C’est, en effet, un lieu de culte majeur dans leur culture. Cela fut fait en l’échange de la possibilité pour les touristes de pouvoir continuer à grimper au sommet. Résultat, au pied du rocher se trouvent plusieurs panneaux rédigés par des Aborigènes, expliquant que ce lieu est sacré pour eux et qu’il faut, par conséquent, le respecter et ne pas le monter. A cela, s’ajoutent des conseils de prudence car la montée n’est pas de toute aisance et quelques touristes ont déjà dérapé pour se fracasser le crâne plusieurs dizaines de mètres plus bas. Les Aborigènes, gestionnaires du lieu s’en sentent, à juste titre, responsables. Toutes ces raisons n’empêchent nullement des centaines de touristes de gravir quotidiennement les pentes d’Uluru à l’aide de la main courante qui y a été posée. Voilà qui est plus que troublant dans ce pays où le respect des règles et de la loi –comme vous le savez– est l’un des fondements de la vie sociale. Alors comment expliquer cela si ce n’est par une incapacité à gérer de manière responsable et digne d’une grande nation au XXIe siècle la question aborigène ? Au pied d’Uluru –que nous n’avons bien sûr pas gravi-, ces questions m’agitaient et me poussèrent à poser régulièrement la question dans mes entretiens avec des autochtones. A commencer par trois personnes qui redescendaient du rocher. A cette femme et ces deux hommes (australiens), je posais la question de la présence simultanée de ces panneaux demandant de ne pas monter sur le rocher sacré et de la main courante à laquelle s’agrippaient sans cesse des touristes en mal de sensations. Ce à quoi, je m’entendis répondre: « It is sacred to them, not to us ». Je fus soufflé par tant de mépris. Ita missa est (si j’ose dire). “As long as they get money, they’re happy. Money is a universal language ». Heureux l’homme simple… Plus tard, j’appris que des tours opérateurs asiatiques organisaient des voyages intitulés « Climb the red rock », bref qui promettent monts (en tout cas un) et merveilles. Dégueulasse.

2 reponse

  1. Renaud 3 septembre 2013 at 17:01 #

    salut mon lapin,

    de retour de ta grande ballade ?

    ++ r

    • Pierre-Jérôme Henin 4 septembre 2013 at 21:44 #

      Oui, de retour à Paris dans la joie et la bonne humeur…

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