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Suite des « moins » :

L’apartheid fit que la vie des uns et des autres (et surtout des Noirs…) était contrôlée de sorte, par exemple, qu’ils ne pouvaient se déplacer librement sur le territoire. Ils étaient cantonnés dans des zones spéciales d’où ils ne pouvaient sortir que très difficilement. Les différences de traitement entre catégories de population étaient particulièrement humiliantes pour les Noirs et la ségrégation s’appliquait jusque dans le fonctionnement quotidien du système pénitentiaire. Même en prison, les prisonniers ne bénéficiaient pas tous des mêmes traitements. Ainsi, dans la prison de Robben Island située sur une île toute proche du Cap destinée aux prisonniers politiques noirs et métis (dont Nelson Mandela) les rations alimentaires variaient en fonction de l’origine ethnique. Quand un métis avait droit à 50g de viande, un Noir ne pouvait en espérer que 40g. Même chose pour le lait et les autres aliments… Les derniers prisonniers politiques ne quittèrent Robben Island qu’en 1991. C’est-à-dire hier et la visite de la prison centrale est encore aujourd’hui conduite par d’anciens détenus. Autre exemple de la vie sous l’apartheid qui me vient à l’esprit : il était interdit aux Noirs de conduire des Blancs en voiture. Si l’un d’entre eux venait à se faire prendre, il encourrait jusqu’à 21 jours de prison… No comment.

La question est de savoir combien de générations seront nécessaires pour que les pages de ces siècles d’humiliations soient définitivement tournées. Je me souviens de conversations avec un étudiant sud-africain (blanc…) avec qui j’étais en cours à Cambridge au milieu des années 80. Il y avait alors, notamment en Angleterre des mouvements de soutien très forts à Mandela qui demandaient sa libération (Free Mandela). J’eus d’ailleurs la chance d’aller au grand concert de Wembley en juin 1988 (Mandela Day) qui fut organisé en son honneur et à l’occasion de ses 70 ans. Se succédèrent sur scène Sting, George Michael, Dire Straits, Joe Cocker, Eurythmics, Tracy Chapman, Wet Wet Wet, UB 40, Simple Minds, Peter Gabriel, etc. Surfant sur l’actualité, j’en profitais pour poser quelques questions à cet étudiant sud-africain sur la réalité d’un régime où la ségrégation la plus odieuse battait son plein. « A quand le changement ?» lui demandai-je. J’eus droit en guise de réponse à une phrase que je n’ai jamais oubliée : « Mais pourquoi veux-tu que cela change ? Cela a toujours été comme cela ». Dans la série « je ne veux rien voir, je ne veux rien savoir », je vous présente les tenants de l’apartheid. Heureusement, l’histoire lui donna rapidement tort… Sa réponse rejoint l’un des arguments des dirigeants blancs pour justifier les bienfaits de l’apartheid : la situation des Noirs eut été bien pire s‘ils avaient eu à évoluer en compétition face aux Blancs dans une société intégrée !
En 1991, l’apartheid fut officiellement aboli et les populations discriminées purent enfin commencer à bénéficier pleinement de leurs droits. Mais combien de temps faudra-t-il pour vraiment effacer 450 ans d’histoire ségrégationniste ? Combien de temps faudra-t-il pour ôter de l’inconscient collectif blanc la conception messianique de peuple élu dont les colons hollandais s’affublèrent sur cette terre de conquête pour asseoir leur domination sur les populations locales ? Transformé au fil des générations en nationalisme afrikaner, il a certainement la peau moins souple que d’aucuns ne peuvent l’imaginer…

Si les différences de traitement entre les populations ont été abolies, il est beaucoup plus difficile de rétablir un équilibre économique entre elles. La justice économique ne se décrète pas et ce, malgré toutes les mesures de discrimination positive qui peuvent être prises aujourd’hui. Les choses avancent pourtant dans le bon sens. Un exemple : l’université de Cape Town où il n’y avait pas de Noirs pendant l’apartheid et où ils représentent maintenant 80% des étudiants. Ils ont soif de connaissances et veulent rattraper le retard accumulé au fil de décennies. Tant mieux.

6 reponse

  1. Martine 18 mai 2013 at 22:51 #

    Retour de Bruxelles d’elles.légère mousson permanente mais avec qq degrés de moins!!!
    Ai pense a toi Une fois!!
    Suis a jour de.s infos surpd africaines,when les syDEyennes???
    Kisses , YEP!!

    • Pierre-Jérôme Henin 19 mai 2013 at 14:27 #

      Ca est sûr Madame, à Bruxelles, ça est tous les jours la mousson, une foè. Une baise.

  2. AMraoui 12 mai 2013 at 21:14 #

    Il Est tellemenT plus facile d oublier voire d effacer pour ceux qui n ont rien subi!!!
    L espoir doit cependant subsister d uNe egalIte pour tous, mais Le peu Que j observe Des mOdes de vIe au cap ,depuis mon arrivée ,me laisse entrevoir avec peine une lueur d espoir… Quant a un éventuel redressement de la population noire, et ce au même niveau que la population blanche !

    Merci pour tes infos et un énorme bisous a toute ta tribu. C toujours un plaisir dE te lire

    • Pierre-Jérôme Henin 13 mai 2013 at 13:34 #

      Merci de ton mot. Il faut de l’espoir… Bisous à tt le monde. PJ

  3. Serge 9 mai 2013 at 23:13 #

    Comment résumer de maniere claire et intelligible 450 ans d’Apartheid. A publier sans aucun doute. Bravo pour ta plume et ton magnifique esprit de synthèse.
    J’en viens à ta judicieuse observation : « La justice économique ne se décrète pas et ce, malgré toutes les mesures de discrimination positive qui peuvent être prises aujourd’hui. »
    On transmet à Hollande et consorts ???
    BIZ – Serge

    • Pierre-Jérôme Henin 10 mai 2013 at 13:34 #

      Cher Serge, merci bcp de ton mot. La justice économique est, en effet, un vaste sujet… Amitiés. PJ

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