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Carnet de route indien

A ce point, il me faut m’arrêter quelques instants sur ce qui fait partie intégrante de la notoriété internationale de Pondichéry et que j’ai brièvement déjà évoqué, l’ashram de Sri Aurobindo et la cité d’Auroville. Car Pondichéry, ville de la côte de Coromandel (partie côtière de l’Etat du Tamil Nadu), est fameuse non seulement car elle fut, avec Chandernagor, Karikal, Mahé et Yanaon un comptoir français jusqu’en 1954, date de sa rétrocession à l’Inde. Elle l’est également du fait de la présence de cet ashram en son cœur et d’Auroville à quelques kilomètres.

L’ashram, à l’instar de nombreux autres lieux de ce type en Inde est, entre autres choses, un lieu de recueillement et de méditation. Un endroit où l’on apprend à laisser son ego de côté comme me l’a dit un jour dit un voyageur canadien rencontré lors d’un déplacement dans la région. Celui de Pondichéry a été fondé par Sri Aurobindo dans les années 20. Décédé en 1950, ce personnage est resté une figure majeure de la vie locale, régionale et nationale. Les photos et autres reproductions à son effigie fleurissent un peu partout. Si j’osais une comparaison hasardeuse, je dirais que c’est le Padre Pio ou en tout cas, l’un des Padre Pio indiens. Né en 1872 à Calcutta, son parcours l’amena, après des études à Cambridge, à assumer des responsabilités importantes dans les mouvements de libération de l’Inde Il en devint ainsi l’un des hérauts et d’aucuns disent à Pondichéry que s’il n’avait pas décidé de fonder puis de se retirer dans son ashram, il aurait certainement été un concurrent sérieux de Gandhi. Après avoir été emprisonné pour ses activités politiques, il fuit les Anglais en s’installant à Pondichéry, alors territoire français. Il y fonde l’ashram pour se consacrer à des recherches spirituelles et diffuser sa pensée. A partir de 1926, ce yogi ne fera plus que de très brèves apparitions publiques, ne sortant de sa retraite que rarement : soit pour retrouver des fidèles, soit pour intervenir dans la vie politique indienne. Le reste du temps, il communique par écrit avec ses disciples. Résumer en quelques lignes sa pensée n’est pas une tâche aisée. En deux mots, Sri Aurobindo s’est notamment attaché à expliquer que l’homme n’en est aujourd’hui qu’à un niveau imparfait de son évolution, c’est un être de transition, un chaînon vers une nouvelle espèce. Le développement de nos capacités spirituelles nous permettra de mener à bien cette évolution. Sa littérature est abondante sans parler de toutes celles et ceux qui ont écrit sur lui. Il a, par exemple, produit de nombreux livres sur les écritures sacrées indiennes, véritable porte d’entrée vers l’hindouisme et sa philosophie. Il formula également une pensée autour du yoga intégral.

A l’ashram, dans les années 20, il fut rapidement rejoint par Mirra Alfassa, sa collaboratrice française qui en prit la direction opérationnelle. Surnommée « La Mère », elle jouera, elle aussi, un rôle majeur jusqu’à ce qu’elle « quitte son corps » en 1973. A l’égal de Sri Aurobindo, elle est, elle aussi, un sujet d’intense vénération et ses enseignements sont suivis par nombre de fidèles. Sa photo est présente partout dans la ville ce qui participe de l’atmosphère si particulière qui règne dans cette dernière.

Peu après mon arrivée à Pondichéry, je trouvai un livre de photos de lui et de La Mère prises par Henri Cartier-Bresson. Ayant bien connu le grand photographe français, j’en fus d’autant plus intéressé. Il s’agissait, en l’occurrence, des dernières photos prises de son vivant et après que Cartier-Bresson eut longuement insisté auprès de La Mère pour obtenir un rendez-vous. On y trouve également des photos d’elle étonnantes en train de jouer…au tennis. Comme ce fut le cas pour Gandhi en 1948, Henri Cartier-Bresson fut le dernier à photographier Sri Aurobindo avant qu’il ne « quitte son corps ».

A l’aune des enseignements de la Mère et sous sa direction, l’ashram connut un essor important. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer sa pensée en matière d’éducation. Cette expansion de l’ashram s’est faite dans de nombreux domaines à commencer par la diffusion de la pensée de Sri Aurobindo et de La Mère. Mais au-delà d’être un espace de réflexion philosophique et de méditation, l’ashram est également un lieu de vie économique, culturelle et éducative. Ses activités sont ainsi multiples allant de soins prodigués dans différentes cliniques à la confection de produits de santé variés, d’alimentation, d’artisanat jusqu’à la vente d’articles divers. J’ai ainsi récemment découvert une boutique de l’ashram où étaient vendues des chemises Burberry et des polos Ralph Lauren siglés pour certains non seulement du fameux joueur de polo mais également du sigle de l’ashram. Curieuse cohabitation… Quant à l’authenticité de ces vêtements…

Tout les produits alimentaires et de soins de l’ashram sont, bien sûr, « ultra bios » et ce que nous avons eu l’occasion de goûter ou d’utiliser au cours de notre séjour était de grande qualité. Il est ainsi possible de trouver toutes sortes de potions et autres médicaments principalement à base de plantes. L’ashram et dispose d’établissements de santé le tout dans le cadre de la médecine ayurvédique. Ses domaines d’intervention (si je puis dire) sont vastes et il est même possible d’y suivre un traitement de yoga des yeux qui soigne avec efficacité paraît-il certains troubles de la vision. Décidément, l’Inde est plus que surprenante et, à l’ashram, tout le monde sourit…

2 reponse

  1. Dahan 2 mars 2013 at 06:43 #

    Merci pj, je ne connaissais pas sri aurobindo, et la mère . Leurs pensées en matière d éducation m avaÎEnt déjà beaucoup intéressée. Voilà ce qui nous manquEs en France le sourire. Merci merci ce carnet de route indien à été un vrai bonheur pour moi. J attends la suite

    • Pierre-Jérôme Henin 2 mars 2013 at 16:01 #

      Chère Michèle,
      merci de ton mot. Je suis content que cela te plaise. D’autres papiers vont arriver. J’ai du retard mais bon…
      Bien à toi. PJ

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