Comment échapper aux 7 péchés capitaux des élections européennes ?

L’Europe est en crise. Neuf ans après le référendum sur la Constitution, rien n’a vraiment changé. Crise de sens, crise de légitimité, crise de communication, crise d’identité. Mais aussi crise d’information pour tous les citoyens-consommateurs de media. Car, après tout, bien peu arrivent à répondre à deux questions essentielles:
– que fait l’Union Européenne ?
– Et, au-delà, l’Union Européenne pour quoi faire ?

Il reste beaucoup à dire et à débattre sur les défauts de l’Europe, à commencer par une vraie réflexion sur les compétences réelles de l’Union, son fonctionnement démocratique, le dilemme légitimité/efficacité et le projet politique de l’édifice en construction. Mais, pour ce faire, il est plus que temps de mettre fin aux hypocrisies qui inondent de façon permanente nos écrans, nos ondes et nos lectures, généralement pour mieux cacher les errements et l’absence de courage de nos prétendus responsables politiques et médiatiques.

A ces égards, quelques vérités de bon sens doivent être rappelées.

Tes actes tu assumeras
Depuis de trop longues années, l’Union Européenne reste non seulement très méconnue mais sert surtout de bouc émissaire facile dans la plus parfaite hypocrisie. Rares sont les membres de la classe politique, française en particulier, qui assument, en toutes circonstances, le choix européen et ne tiennent pas un double langage bien commode. Sans parler de ceux qui ne disent jamais que la France vote à Bruxelles par la voix de ses ministres et à Strasbourg par celle de ses députés européens. Que n’a-t-on entendu lors de la récente campagne pour les élections européennes ? A commencer par un responsable de l’opposition se faire dire par l’un de ses pairs : « Tu es trop européen ! ». Or, on ne peut pas critiquer l’Union Européenne toute la semaine et demander aux Français d’être raisonnables le dimanche ! Si l’Europe est notre avenir, il n’est plus acceptable que des seconds couteaux ou autres députés en mal de reconversion et/ou de rémunération soient envoyés au Parlement européen. Il est temps de revenir à des têtes de liste et leurs suivants éligibles vraiment compétents et intéressés par les questions européennes. Les nombreux parachutages ont renforcé la défiance de l’opinion et ont rappelé à quel point ces postes étaient peu considérés par les responsables politiques. Ainsi, à la honte du résultat final s’ajoute une irresponsabilité coupable.

Les citoyens tu informeras
Peu nombreux sont les media qui osent prendre l’Europe à bras-le-corps toute l’année, et non pas seulement quand il y a une forte actualité européenne comme ces dernières élections. C’est-à-dire en décrypter les enjeux et les rapports de force, rappeler qu’il s’agit avant tout d’une aventure collective qui suppose efforts, patience et compromis. L’Europe, ce n’est pas la France en plus grand! Au-delà d’une méconnaissance des réalités, certaines rédactions entretiennent une manière d’opacité ou une présentation biaisée. L’approche démagogique et sensationnaliste sert plus sûrement les intérêts des extrêmes que n’importe quel discours. Pour créer les conditions d’un traitement aussi régulier que possible dans la presse, arrêtons de considérer que les questions européennes relèvent de la politique étrangère : ce sont des questions de politique intérieure ! Et elles existeront dans la durée quand elles seront traitées non pas trop souvent exclusivement par des journalistes de politique étrangère mais par des journalistes de politique intérieure. Des media ont compris cela en fusionnant les services France et Europe : cette initiative doit être saluée et encouragée. La presse peut intéresser nos concitoyens à ces questions et les nombreux débats qui ont précédé le référendum de 2005 en sont une illustration. Le raisonnement selon lequel « l’Europe ne fait pas vendre » est de courte vue et destructeur. Il ne sera possible d’y remédier qu’en commençant par le commencement : rendre les questions européennes obligatoires dans le cursus de formation des journalistes.

L’Europe tu représenteras
Tant que l’Union Européenne restera désincarnée, elle demeurera un objet de désintérêt et de railleries. Le projet européen, pour survivre, doit être entraîné par des hommes et des femmes politiques qui mettent leur talent à son service. Méditons les exemples de Jacques Delors à la tête de la Commission européenne et l’engagement clair de Valéry Giscard d’Estaing ou de François Mitterrand. Aujourd’hui, force est de constater qu’en France ou à Bruxelles, personne n’incarne l’Union Européenne de manière suffisamment forte alors que chez les anti-européens, les leaders comme Marine Le Pen jouent parfaitement leur rôle et osent défendre leurs convictions pour donner de la chair à leurs propos. Les pro-Europe doivent oser se battre pour leurs convictions, leurs actes et le faire savoir.

La démocratie tu défendras
Il faut expliquer –trop peu l’ont fait- comment fonctionne le Parlement européen et pourquoi un vote pour les extrêmes affaiblit la France. Aujourd’hui, les grands groupes parlementaires s’organisent sans les Français, trop peu nombreux en leur sein, alors que les élus du Front National n’ont pas encore réussi à en créer un et risquent donc de briller, une fois de plus, par leurs absences et leur incapacité à peser pour défendre les intérêts de leurs électeurs. Le vote protestataire peut, le cas échéant, trouver sa raison d’être à l’occasion, par exemple, d’un premier tour d’élection présidentielle, mais certainement pas au Parlement européen où il faut bâtir des majorités à chaque vote, en particulier avec les grandes formations cohérentes que sont le PPE et le PSE, voire les libéraux et les Verts. Résultat : ceux qui prétendaient voter pour soi-disant redonner à la France une vraie voix au chapitre n’ont fait que l’affaiblir en diluant fortement sa présence au Parlement européen. L’enjeu de l’élection a été pris en otage par le FN, provoquant un vote stérile, sans aucune conséquence positive pour notre pays. Bref, tout le contraire de ce qui était espéré.

Tes responsabilités tu prendras

Comment espérer informer correctement sur les questions européennes, notamment en amont d’élections avec une telle instabilité ministérielle ? 11 ministres (ou secrétaires d’Etat) chargé des Affaires européennes se sont succédé entre 2004 et 2014 ! A l’instar des parachutages de têtes de liste, cela donne une furieuse impression de dilettantisme. Et ce, sans parler de la nature de la fonction, depuis longtemps en débat et qui mériterait certainement d’être revue. Un vrai ministre des Affaires européennes rattaché au Premier Ministre, en charge des services interministériels sur ces questions (SGAE) serait une piste. Enfin, au milieu d’une telle méconnaissance générale des enjeux en cours, il eut été responsable et plus qu’opportun que le gouvernement mène une campagne d’information d’envergure avant les élections. Tous les 5 ans ce ne serait pas du luxe !

La vérité tu diras
Qui va enfin avoir le courage de dire que l’Union Européenne ne fait pas tout et qu’en de nombreuses circonstances, elle a les ailes coupées par les équilibres entre gouvernements nationaux ? Qui va rappeler que la Commission ne peut pas être tenue pour responsable de choix faits dans des politiques dont elle n’a pas la charge, comme la police, l’éducation, la sécurité sociale ? Qui va oser rappeler qu’une union monétaire sans coordination des politiques économiques est vouée à l’échec ? Qui va enfin rappeler la nécessité d’une union politique qui regarde devant au lieu de se regarder le nombril ? Bref, qui va dire les vérités qui fâchent plutôt que de tenir un discours démagogique voire populiste pour des bénéfices immédiats bien stériles au regard des enjeux ? Il est temps de tenir un langage de vérité et de renforcer les initiatives « décodeurs » qui permettent immédiatement de contrer les mensonges et autres affirmations fallacieuses.

Pour le 21è siècle tu travailleras
Mais le péché le plus mortel est l’incapacité à penser le siècle qui commence. Cent ans après le déclenchement de la première guerre mondiale, une bonne part des élites européennes se complaît dans le monde d’hier. Un monde centré sur l’Europe où n’existaient aucun péril lié à la démographie mondiale, l’intégration inexorable de la planète, l’environnement ou les mutations de nos économies et de nos sociétés. Aujourd’hui encore, l’immense majorité des déclarations politiques visent à caresser dans le sens du poil et surtout à ne pas regarder la mutation ontologique que nous vivons. Cette révolution est d’une ampleur aussi forte que le passage des pays aux nations et la Révolution industrielle. Elle exige de la vision et de la créativité pour prétendre anticiper les changements, favoriser l’intégration des politiques sans nier les nations et autres communautés culturelles, réformer profondément nos modes et pratiques démocratiques et nous former à des échanges interculturels de plus en plus inévitables. Il faut arrêter d’imaginer l’Europe comme une grande France et se mobiliser pour la faire passer de la déprime et la peur à l’ouverture, la détermination et l’audace.

« Si ça continue, il faudra que ça cesse » disait l’humoriste. Nous appelons tous ceux qui ne sont pas résignés à reprendre leur bâton de pèlerin pour que soient chassés les fantômes du passé et du présent et que l’Europe redevienne un espoir collectif pour affronter paisiblement le monde de demain.

12 étoiles en colère

12 étoiles en colère est un groupe de personnes d’horizons politiques divers et travaillant ou ayant travaillé dans les institutions européennes.

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